Communauté

40e anniversaire de l’école

Allocution de Dollard LeBlanc

Directeur fondateur de l’École Mathieu-Martin

Lors du 40e anniversaire de l’école

Le 12 mai 2012

 

Je veux d’abord remercier Michel Power et son personnel d’avoir vu l’importance de souligner ce 40e anniversaire de Mathieu-Martin.

Dans les quelques minutes qui me sont accordées, je vais essayer de vous expliquer tout le sens  de cet anniversaire dans le contexte de l’évolution du système d’éducation pour les Acadiens au NB.  Ce système, vous le verrez, est bien différent de celui des anglophones qui ont joui dès les débuts, vers 1872, de l’organisation scolaire d’un réseau complet d’écoles publiques, du primaire au secondaire.

 Avant les années ’60, chaque paroisse religieuse avait donc son école acadienne de la 1re à la 8e année. En plus des matières, on y enseignait le catéchisme avant ou après les heures prescrites de classe. Ce sont des religieuses qui dirigeaient la plupart de ces écoles et y enseignaient avec l’aide de femmes laïques. Ces écoles étaient reconnues par le Ministère de l’Éducation et le personnel, formé à l’École Normale pour la plupart, était payé à même les taxes locales. Je dois ajouter que même si la langue de l’enseignement était le français, tous les manuels scolaires étaient en anglais, sauf pour ceux de l’enseignement du français.  C’était quand même le minimum, n’est-ce pas?

Après la 8e année cependant, ce système d’écoles publiques gratuites cessait à toutes fins pratiques pour les francophones. Les élèves qui voulaient poursuivre leurs études secondaires, et dont les parents en avaient les moyens, devaient fréquenter un collège ou un couvent, le plus souvent comme pensionnaire. Ou bien, comme c’était le cas à Moncton, on pouvait fréquenter un high school. 

Remarquez qu’à cette époque, la religion catholique jouait un grand rôle dans la vie des Acadiens et l’Église tenait à l’existence de ces collèges et de ces couvents dirigés par des religieux et religieuses pour assurer une bonne formation classique, mais toujours d’inspiration catholique romaine et assurer aussi un climat qui favorisait l’éclosion des vocations religieuses.  L’école publique, officiellement neutre et non confessionnelle, ne pouvait pas jouer un tel rôle.

Dans les années ’60, les mentalités ont commencé à changer.  Le leadership acadien, le père Clément Cormier en tête,  posait la question suivante: «Pourquoi les Acadiens, qui paient les mêmes taxes que les autres, ne pouvaient-ils pas avoir leur université subventionnée par l’état au même titre que UNB ne l’était pour les anglophones?» Très bonne question, mais à quand la réponse? Un événement devait se produire qui accéléra les choses: Louis Robichaud est élu premier-ministre du NB en 1960 et trois ans plus tard, l’Université de Moncton ouvre ses portes comme université publique et française.

Parallèlement à cet événement, les parents acadiens de Moncton posaient la même question à la Moncton Board of School Trustees: «À des coûts additionnels, disaient-ils, nous envoyons nos garçons au Collège l’Assomption et nos filles au Collège Notre-Dame d’Acadie.  Pourquoi n’offrez-vous pas un cours secondaire pour les enfants des contribuables francophones de Moncton?»

La réponse du conseil scolaire fut d’offrir l’enseignement en français, mais de loger ces classes sous un même toit avec les anglophones, afin de « promouvoir l’harmonie entre les deux groupes linguistiques». Même si les parents étaient bien d’accord avec l’harmonie, ils étaient aussi conscients qu’en pratique cette école serait un foyer d’assimilation. Le Père Clément Cormier rappelait souvent que la cohabitation d’une majorité unilingue avec une minorité bilingue ne pouvait conduire qu’à l’assimilation de la minorité. C’était déjà en train d’arriver à Moncton où le bilinguisme était uniquement l’affaire des francophones.  Ils offrirent donc une fin de non recevoir. 

Mais le pouvoir avait changé à Fredericton et en septembre 1963, l’École secondaire Vanier, une école distincte pour les francophones, ouvre ses portes.  Bâtie pour 600 élèves, elle en accueille presqu’autant dès la première année. De méchantes langues avaient prédit que cet édifice deviendrait un éléphant blanc, que les Acadiens ne supporteraient pas l’éducation secondaire en français.  Une dizaine d’années plus tard, son inscription avait grimpé à 1200 élèves, entassés dans une douzaine de classes mobiles ajoutées à l’édifice et dans d’autres locaux ailleurs en ville. 

Entre temps, les Collèges l’Assomption et  ND d’Acadie avaient fermé en faveur de l’École Vanier et de l’Université de Moncton.  Le programme de « Chances égales pour tous » du gouvernement Robichaud, avait complètement réformé l’appareil gouvernemental et en Éducation, on avait réduit le nombre de Conseils scolaires d’environ 400 à 33.  Le district 15 était l’un de ces nouveaux districts scolaires qui comprenait la ville de Moncton et s’étendait à Dieppe et jusque dans la vallée de Memramcook.  Le Ministère de l’Éducation s’était embarqué dans un vaste programme de construction dans chaque district, d’écoles dites polyvalentes pouvant offrir un  grand choix de cours pour mieux répondre aux goûts et aux aptitudes des élèves.

Vers la fin des années ’60, le District 15, contrairement à bien d’autres, n’avait pas encore établi de plan pour ses écoles secondaires. Voilà que conforme à la mode de l’époque de vouloir rentabiliser le plus possible en bâtissant de très grandes écoles, le district 15 se proposait de construire  une méga polyvalente de 5000 élèves pour y loger tous les élèves de ses  écoles secondaires, soit de Moncton High School, du Harrison Trimble HS, Riverview HS et des établissements francophones, l’École secondaire Vanier et celle de la Vallée de Memramcook.  Il fallait donc faire une autre fois le débat sur la cohabitation.  Vous devinez que la réponse des Acadiens à ce plan fut un NON catégorique.

C’est ainsi qu’est née Mathieu-Martin de la fusion de Vanier et de l’école secondaire régionale de la vallée de Memramcook.

Mathieu-Martin étant pour ainsi dire la continuation de l’École Vanier, en célébrant ses 40 ans, on célèbre aussi les 50 ans de l’enseignement secondaire public en français dans la région du grand Moncton.   Ce gain important pour les Acadiens fut obtenu, vous l’avez deviné, après de nombreuses revendications, toujours paisibles et dans le respect mutuel, mais non sans ténacité et fermeté.

Voilà donc, à mon avis, le vrai sens de la célébration ce soir.  L’école Mathieu-Martin a reçu, comme Vanier et les collèges l’Assomption et Notre-Dame-d’Acadie avant elle, une mission toute spéciale : la mission d’assurer le développement de la langue et de la culture françaises, dans notre milieu où des forces sociologiques tendent fortement vers l’assimilation.

La jeunesse francophone de Moncton témoigne de plus en plus de sa fierté acadienne, un progrès qu’il faut applaudir.  Cependant, la mission de l’école française du Grand Moncton va plus loin.  Elle doit viser à ce que ses diplômé(e)s, muni(e)s aussi d’une bonne connaissance de l’anglais, soient en mesure de fonctionner dans une langue française, aux beaux accents acadiens, bien sûr, mais qui soit d’une correction et d’une clarté acceptables.

Mathieu-Martin, et l’Odyssée à qui elle a donné naissance, sont-elles en bonne voix d’accomplir cette mission? C’est une question qu’il faudra continuer à se poser.

Bonne fête et longue vie à Mathieu-Martin! 

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