À propos de l'école

Historique

Tout le monde connait l’histoire des petits cochons. Il y eut d’abord une maison de paille, ensuite une maison de bois et finalement une maison de briques. Ici, on a débuté avec des petites écoles blanches et on a abouti aux grandes écoles de l’échelle et avaient appris par expérience, mais leurs efforts du début étaient aussi louables que leurs efforts de la fin. Il en est de même avec nos écoles à Baie Sainte-Anne et c’est la raison d’être d’un historique de nos écoles dans le programme d’aujourd’hui.
Souvent quand on inaugure une école, on a tendance à en attribuer le mérite seulement aux responsables immédiats. Pourtant la construction d’une école telle que celle-ci est le terme d’un acheminement souvent long et difficile qui impliquent aussi bien les bâtisseurs du passé que ceux du présent.
Et si j’ai accepté de partager avec vous quelques faits historiques ou anecdotes concernant les écoles que m’ont racontés les plus vieux, c’est que je crois à l’importance capitale du travail de nos devanciers et aussi parce que l’intérêt que j’ai pour les écoles est dû en partie à deux expériences qui ont marqué mon enfance et qui ont stimulé ma démarche. Premièrement, j’étais toujours intriguée durant mes premières années à l’école par le fait que mon père s’installait avec moi à la table chaque soir quand j’étudiais ma lecture française, pas pour m’aider, mais pour que moi je lui aide à apprendre à lire. L’école qu’il avait fréquentée ne donnait l’enseignement qu’en anglais. Deuxièment, je faisais souvent raconter à ma grand-mère pourquoi ils étaient venus s’établir à Baie Sainte-Anne après avoir quitté les Iles de la Madeleine. Elle me disait : « On voulait tout simplement faire une vie et l’endroit était prometteur, mais on était pas certains d’y rester, car mes parents avaient posé une condition: ils y resteraient s’ils réussissaient à obtenir des écoles françaises. » Par après, son père, Hyppolite Thériault, se serait fait élire commissaire d’école et aurait lutté avec acharnement jusqu’à ce qu’il obtienne gain de cause.
Ces faits nous ramènent aux petites écoles grises. En effet, il y a cent ans on bâtissait les premières écoles du village. L’une était construite au Bois-Franc et l’autre à la Grande-Rivière sur le terrain où Normand Duguay est installé présentement. Celle du Bois-Franc était destinée aux élèves d’Escuminac et de la Baie, tandis que celle de la Grande-Rivière desservait aussi les élèves de la Rivière du Portage. Dans ces écoles, l’enseignement se donnait totalement en anglais. Ce n’est qu’en 1912 que l’école de la Grande-Rivière eut son premier professeur de français. Celle du Bois-Franc devait encore patienter quelques années.
Rendus en 1915, deux écoles ne suffisaient plus pour le nombre d’élèves et on décida d’aménager une école neuve en haut de la Grande-Rivière, celle qui est devenue par après le « Community Hall. » C’est une question qui n’a pas été réglée du soir au lendemain. La bataille a pris sur le choix d’un site et c’était à savoir quel côté de la Rivière allait l’emporter. Il n’y avait pas de service d’autobus alors et il fallait mettre l’école au centre. Mais où était le centre? On avait différentes idées là-dessus. Finalement on s’arrêta au terrain actuel, quand on fut assuré d’un service de dorés pour traverser les élèves de l’autre côté de la Rivière.
Plus tard dans les années 1920, on construisit une école neuve au centre de la Rivière du Portage sur le chemin actuel de la Caisse Populaire. Cette école desservait aussi une partie des élèves de la Baie.
Et à la Baie même on avait pas encore d’école. Ce n’est qu’en 1935 que s’est réglée cette situation. Escuminac avait sa propre école alors, et l’école du Bois-Franc n’avait que 6 élèves du Bois-Franc tandis que les 72 autres venaient de la Baie. Mgr Arthur Gallien était curé ici dans le temps et il était déterminé de sortir cette école des bois et de la transporter sur un terrain central longeant la route principale où était le gros de la population. Mais les commissaires d’école, à majorité anglophone, n’étaient pas du même avis. Or l’Inspecteur des écoles voulant calmer les esprits, avait écrit aux commissaires leur disant que l’école ne serait pas déménagée, et au Père Gallien, j’ignore par quelle ruse, réussit à mettre la main sur la lettre des commissaires et munis des deux lettres contradictoires, se dirigea à toute vitesse vers Chatham droit chez M. L’Inspecteur. En arrivant il lui dit: « M. l’Inspecteur, vous êtes un homme à deux faces: 1ère lettre, 1ère face; 2e lettre, 2e face. » Pour ne pas perdre la face davantage, M. l’Inspecteur se vit obligé de ne pas trop opposer le déménagement de l’école.
Par après on connut une accalmie et nos trois petites écoles ont continué pour une dizaine d’années encore. Il faut dire qu’elles avaient un certain charme ces écoles et qu’elles ont accompli leur mission. Bien sûr, c’étaient des écoles modestes, à classe unique, ou au plus deux bords. Le poêle installé au centre de la classe ne chauffait pas tout le monde. Pour boire, on allait chercher de l’eau chez le voisin. Les élèves devaient assumer la tâche de nettoyage et les toilettes de dehors n’étaient pas nettoyées ni lavées tous les jours. Tout de même, les élèves étaient assez heureux – sauf au temps de la visite. On avait peur des visiteurs et pour cause. La visite se limitait aux commissaires, qui venait s’informer au sujet de la discipline; à l’Inspecteur, qui nous questionnait en anglais et de qui on devait cacher nos catéchismes et nos crucifix; du curé, qui venait s’assurer si on savait bien notre catéchismes et finalement au docteur, qui osait nous regarder dans la tête.
Aussitôt après la 2e guerre mondiale, on commença à songer à remplacer nos petites écoles. La population scolaire avait augmenté et aussi on exigeait plus de confort. On projettais de bâtir des écoles de 3 ou 4 classes plus spacieuses et mieux éclairées. Ces écoles seraient munies de fournaises et d’eau courante. Aussi auraient-elles une bonne fondation qui servirait de sous-sol. Elles seraient recouvertes de bardeaux d’ardoise. C’était un beau projet, direz-vous, mais qui en laissait beaucoup d’indifférents pour ne pas dire furieux. Et les discussions prenaient de l’ampleur. L’entreprise, selon certains, était de l’extravagance voire même du gaspillage et on s’opposait : au trop grand nombre de classes, à trop de maîtresses à payer, aux toilettes de l’intérieur et surtout à la trop grande cave, car disait-on, une cave c’est pour y mettre de la viande, du poisson, des légumes et des préserves, donc une école n’a pas besoin de cave.
Toujours est-il que l’opposition de quelques-uns n’a pas empêché la construction de nos moyennes écoles blanches et en 1948 on érigea d’abord une école de 4 classes à la Baie, du nom d’Ecole Elémentaire de Baie Sainte-Anne et ensuite une école de 3 classes à la Grande-Rivière on remplaçait le traversier des élèves, le doré, par un pont-ballant ou « foot-bridge. » Finalement on bâtit notre dernière école blanche à la Rivière du Portage en 1955. C’était une école de 4 classes surnommée Ecole Manuel.
Presqu’incroyable, mais au bout de 3 ans les contribuables envisageaient déjà une autre construction. Nos écoles blanches étaient déjà trop petites et il était grand temps que Baie Sainte-Anne se dote d’une école secondaire. On songeait à une école d’une dizaine de classes pour les élèves de la 7e à la 12e année. Ici encore on rencontra beaucoup d’opposition, il fallait:
1- convaincre beaucoup de gens de la nécessité d’une école secondaire,
2- grouper les élèves de la paroisse quand chacun tenait mordicus à sa localité,
3- trouver une site convenable,
4- et finalement trouver l’argent, parce que même en combinant les 3 districts on n’avait pas de pouvoir d’emprunt pour bâtir une école de cette envergure; il manquait un gros $54,000.
En attendant d’attaquer et de résoudre tous ces problèmes, on décida d’aménager des classes un peu partout pour enseigner à partir de la 9e année. C’est ainsi qu’on a utilisé la vieille école grise de la Rivière du Portage qui n’était pas encore démolie, le sous-bassement de l’église et même la sacristie de l’église.
Toutes les épreuves surmontées, on témoignait le 2 juillet 1961, l’inauguration de notre belle grande école de briques ainsi que la première graduation. C’était l’enthousiasme général. Et dans l’espace de 20 ans l’école a eu à son crédit au-delà de 300 finissants.
Tout le monde pensait bien que la question de construction d’école ne surgirait pas au moins avant 50 ans.
Mais il fallait bien se mettre au pas de notre temps. C’était le rapport Byrne, la réorganisation des districts scolaires, les exigences de la technologie moderne et notre école ne répondait plus au besoins de l’heure. Nous étions encore plongés dans l’impasse:
-Allions-nous aller à James M. Hill de Chatham et risquer l’assimilation?
-Allions-nous aller à la polyvalent de Saint-Louis et risquer notre santé?
-Allions-nous simplement rester à Baie Sainte-Anne et exiger la construction d’une nouvelle école?
Tous savent qu’on a opté pour la dernière alternative, mais ça n’a pas été facile. Et voilà. Nous avons une magnifique école. Toutefois, j’aimerais souligner en finissant, qu’une belle école n’est qu’un des aspects de l’éducation. Ce qui importe c’est le produit de nos écoles. Tout de même, j’envisage l’avenir avec optimisme, parce que je me base sur le passé, et nous sommes fiers des centaines de personnes capables, dynamiques et engagées qui sont sorties de nos écoles et cela à tous les échelons. Il me vient à l’idée quatre de ces vaillantes personnes qui ont fait retentir le nom de notre village au-delà du Nouveau-Brunswick et même du Canada.
-Yvon Durelle, dont les exploits sportifs l’ont conduit au Temple de la Renommée, et tout dernièrement nous a choyés de son livre « Le Pêcheur-Boxeur. »
-Sur la scène politique, le Sénateur Norbert Thériault, a gravi les échelons pour se rendre au sommet.
-Dans le domaine de l’éducation, la championne n’est nulle autre que Madame Blanche Bourgeois. En 1980, elle a été proclamée l’Enseignante Canadienne de l’année.
-Et tout dernièrement, on vient d’acclamer l’un des nôtres, M. Charles D’Amour, dans le monde du journalisme. Le 21 avril, il devenait membre de l’Ordre du Canada et était décoré par le gouverneur-général, Edward Schreyer.
N’est-ce pas que les réalisations du passé lance un défi à l’avenir. Nous avons du pain sur la planche. C’est à nous tous: conseillers scolaires, parents, professeurs, élèves, de continuer à nous dépasser.
le 16 mai, 1982
Mme Lorraine Savoie

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